Sur les traces de Vauban à Namur

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Le 30 mars 1707, mourait à Paris, à l'âge de 74 ans, Sébastien Le Prestre, seigneur de Vauban. 2007 constitue donc le tricentenaire de ce décès et Namur, qui fournit au génie du grand stratège français l'un de ses plus beaux théâtres d'opération, ne pouvait l'ignorer : diverses manifestations ont été programmées, dont une exposition à la Citadelle cet été.

On sait pourquoi et dans quelles circonstances Vauban fut amené à s'intéresser à la cité mosane. Depuis que le comté avait été acheté par Philippe le Bon, Namur était devenue la position-clé de la vallée de la Meuse. Amplifiée et renforcée à plusieurs reprises, la citadelle était, à l'époque de Vauban, une des plus puissantes fortifications, sinon la plus puissante, des Pays-Bas espagnols, tournée contre la France et ses visées expansionnistes. En 1691, il y vint en personne repérer les lieux, vêtu comme un simple « bourgeois ». Son manège déjoué, il fut arrêté, puis relâché au bénéfice du doute, et n'échappa que de très peu à l'emprisonnement.

Au-delà de l'anecdote, l'épisode est très révélateur de sa personnalité et de ses méthodes : il privilégiait en effet l'observation de terrain et en tirait des analyses approfondies des places étudiées, de leurs points forts, de leurs faiblesses... qu'il mettait à profit si nécessaire. Les descriptions qu'il donne du site de Namur dans ses mémoires manuscrits sont des modèles du genre, un régal de finesse dans l'analyse, d'intelligence...

A l'occasion, les Plans en Relief conservés à Paris, jouaient un rôle dans ces préparatifs. Ainsi écrivait-t-il à Louvois, ministre de la Guerre : « Il y a un Relief de Namur dans les Tuileries, je vous demanderay d'avoir la complaisance de le venir voir avec moy. Je vous feray toucher au doigt et à l'œil les deffauts de cette place qui sont en bon nombre et à mesme temps apercevoir de quelle manière se pourroit corriger celuy qu'on m'impute ».

Quand les troupes françaises investirent Namur en mai 1692, Vauban approchait de la soixantaine et ce fut d'ailleurs le dernier siège qu'il dirigea. Les faits ont été trop souvent décrits et commentés pour que j'y revienne longuement : Versailles à Namur, Racine correspondant de guerre, etc, etc... Mais quelle satisfaction ne dut-il pas ressentir après la victoire, lorsqu'il croisât son rival Menno van Coehoorn, sortant prisonnier, et blessé, du fort d'Orange qui venait de capituler. Les deux grands stratèges échangèrent alors quelques mots et Coehoorn reconnut avec bonne grâce que lui-même n'eut pu faire mieux en pareille circonstance. Vauban ne sera pas toujours aussi fair play, car ses mémoires fourmillent de commentaires critiques, voire désobligeants, pour les travaux de ses prédécesseurs, y compris de son alter ego hollandais.

Une fois en possession de la place, il multiplia les projets pour corriger les défauts qu'il crut y déceler. Le temps manqua pour mettre la plupart à exécution car, dès 1695, la ville est reprise par les Alliés anglo-hollandais. On peut cependant lui attribuer, construits sur ses directives, l'Arsenal, une partie des souterrains de la citadelle, la ligne de défense qu'on appelle encore Mur Vauban ainsi que des forts détachés, notamment ceux qui furent érigés sur les hauteurs de Bouge, les forts Saint-Antoine, Piednoir, Saint-Fiacre, et Balart. Peu de choses en somme, au regard de ce que la rumeur locale lui attribue parfois.

C'est à Namur enfin qu'en 1703, il apprendra son élévation au grade de maréchal et l'on se plaît à imaginer que, de ce fait, ce nom résonnera pour lui, jusqu'à la fin, d'une manière un peu particulière....
La citadelle que Vauban a connue comportait déjà ses grandes subdivisions actuelles. Mais pour tout le monde, c'était le « château ». Après 1691, on distingue bien le vieux château, c'est-à-dire le Donjon, ou château des comtes, Médiane et même Terra Nova, du fort neuf, entrepris à l'initiative du roi d'Angleterre et stadthouder de Hollande Guillaume III d'Orange-Nassau. Mais pendant tout le 18e siècle encore, la plupart des documents mentionnent le château de Namur. Citadelle ne se généralisera que dans le courant du 19e siècle.

Je n'ai jamais lu d'explication satisfaisante du terme Médiane. On peut penser que ce nom lui fut donné après la construction de Terra Nova parce qu'elle s'intercalait entre le vieux château médiéval et le nouveau fort bastionné. Mais Terra Nova fait aussi problème : Borgnet faisait déjà remarquer que si cette formulation entendait rendre compte d'une fortification nouvellement construite, elle était incongrue en pays wallon où l'on attendrait plutôt Terre Neuve. A moins qu'il ne s'agisse d'un nom propre ! Borgnet toujours, notant qu'à la fin du 16e siècle, deux ducs de Terra Nova avaient été chargés par le gouvernement espagnol de diverses négociations dans notre pays, émettait l'hypothèse que la nouvelle fortification avait pu être baptisée du nom de l'un d'entre eux. Il n'y aurait eu là rien d'exceptionnel. Au Moyen Âge déjà, plusieurs tours de l'enceinte communale avaient reçu le nom de particuliers sur la propriété desquels elles avaient été construites ou à qui elles avaient été concédées (ainsi la tour Marie Spilar). De même, un des bastions appuyés à la vieille enceinte urbaine dans le courant du 17e siècle fut appelé bastion de Monterey, du nom du gouverneur général des Pays-Bas entre 1670 et 1675. Le nom du fort d'Orange participe du même principe. On pourrait multiplier les exemples.

Un dernier mot concernant Terra Nova : il s'agit d'une fortification bastionnée conçue, défensivement autant qu'offensivement, en fonction de l'artillerie. Il était donc vital d'y ménager pour les trains d'artillerie et les attelages un accès plus commode que celui qui traversait le vieux château, avec ses escaliers, ses chicanes et ses étranglements. C'est à cette fonction que répond la rampe verte (ou chemin vert) qui dédouble le cheminement primitif et tire sans doute son nom de la végétation tapissant périodiquement, en toile de fond, la paroi rocheuse ou plutôt, tout simplement, son tracé. Elle était, à l'origine, plus courte qu'actuellement et fut allongée sous le régime hollandais, entre 1816 et 1825, peut-être pour en adoucir la pente.

Jean-Louis Antoine

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