Assiette polychrome à décor historié en porcelaine de Chine

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 Assiette polychrome à décor historié en porcelaine de Chine
Assiette polychrome à décor historié
en porcelaine de Chine
(époque Kangxi)
Auteur non déterminé
Diamètre : 24 cm – Profondeur : 3,5 cm

Localisation : Hôtel de Groesbeeck de Croix : Musée des Arts décoratifs

Au Musée des Arts décoratifs, un lot d'assiettes et de plats en porcelaine de Chine est accroché à un mur recouvert de cuir peint et doré. Cette assiette a été offerte à la Ville par les Amis de l'Hôtel de Groesbeeck de Croix (A.H.C.), association fondée en 1935 en même temps que le musée, mais indépendante de la Ville. Une brochure de l'époque précise qu'ils ont exclusivement pour but d'enrichir  le musée par leurs dépôts. Ils reçoivent dons, legs, et subsides et tâchent d'acquérir tout ce qui peut augmenter l'attrait de cette ancienne demeure héritée du Siècle des Lumières.

Les A.H.C. sont, avec la Société archéologique de Namur parmi les pourvoyeurs d'objets du musée. La Ville, propriétaire du bâtiment et responsable de l'institution n'est pas en reste,  contribuant à l'ensemble par plusieurs pièces d'intérêt. Des dépôts de l'Etat, dont elle est garante, viennent également compléter les collections, ainsi que quelques dépôts de particuliers. Jusqu'en 1955, date de leur mise en veilleuse, les Amis du Musée des Beaux-Arts de Namur (dont est notamment issue la toile "Gilles de Binche", par Fernand Verhaegen) contribuèrent également à l'agrément des salles. Parmi ces amateurs d'art et d'histoire, certains étaient membres des deux associations d'Amis. Il arriva que l'on confonde les Amis du Musée des Beaux-Arts de Namur et les A.H.C., les deux institutions étant pourtant distinctes.

Les A.H.C. acquirent par Fernand Visart de Bocarmé, amateur d'art éclairé, un ensemble d'assiettes de l'époque du règne de Kangxi (ou K'ang-Hi), deuxième empereur Qing (ou Ts'ing) né en 1654 et ayant régné de 1661 jusqu'à sa mort, en 1722. L'une d'elles fut offerte à la Ville. La dynastie des Qing, d'origine mandchoue, fut la dernière à régner sur la Chine, de 1644 à 1911. Ils succédèrent aux Ming (1368-1644) dont ils étaient vassaux et auxquels ils firent la guerre, s'emparant progressivement de leurs territoires. Ils reconstruisirent cependant l'Etat et l'économie en gardant les bases de la société ming et au 18ème siècle, leur empire était le plus puissant du globe et le plus admiré par l'Europe des Lumières.

Le règne de Kangxi s'inclut dans une ère de paix et de prospérité comme la Chine en a rarement connue. Il passe pour avoir été un très grand souverain, qui s'intéressait également aux arts et aux sciences de l'Europe. Il est un des Qing les plus marquants. Sous ceux-ci, les porcelaines sont de couleurs gaies, celles à décor bleu et blanc, fort répandues sous les Ming, disparaissant peu à peu. Jingdezhen, dans la province du Jangxi, est une véritable métropole de la céramique. Cette industrie, dont la porcelaine est le niveau le plus abouti, est réorganisée, cela entraînant des progrès techniques considérables. La division du travail est poussée à l'extrême, chaque phase de la production incombant, dans un souci de perfection, à un atelier spécialisé.

Sous Kangxi, on assiste à un essor considérable de la production, qui rencontre un vif succès tant sur le marché intérieur qu'à l'exportation. Le 18ème siècle est d'ailleurs considéré comme l'âge d'or de l'exportation de porcelaines vers l'Occident. Le vocabulaire décoratif est constant : motifs floraux, scènes tirées de la littérature, de la mythologie ou de la vie des lettrés. Il y avait aussi des pièces de commande, réalisées à la demande des différentes Compagnies des Indes qui commerçaient avec l'Orient, nous y reviendrons.

Dans des tons bleu, vert, rouge et or sur fond blanc, cette assiette comporte en bordure des compartiments représentant successivement une femme, un montage floral puis un homme. Ce sont toujours les mêmes personnages, mais chaque fois dans une situation différente, tandis que les montages floraux diffèrent tous. Un motif floral court le long du bord. Enfin au centre, flanquées de deux oiseaux, de fleurs et surmontées de deux libellules, les armes de la province, légendées « Nameur », ne sont pas sans étonner.

Leur présence n'a pourtant rien d'exceptionnel : il s'agit d'une pièce de commande. Comme dit plus haut, les différentes Compagnies des Indes faisaient réaliser des pièces suivant la demande de leur clientèle occidentale. Dans le cas présent il est possible que, pour les pièces à décor d'armoiries –il y en a d'autres au musée- celles-ci furent appliquées dans la zone d'embarquement, c'est-à-dire à Canton, le reste de la pièce ayant été réalisé à Jingdezhen. Ce type de commandes, mêlant décors d'inspiration orientale et occidentale, était fréquent.

                                                                                                                                 Thierry Oger

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Sources disponibles à la Bibliothèque communale, venelle des Capucins :

« Encyclopaedia universalis »
Ayers, J., Fromentin, H., Paul-David, M., Tamburello, A. : « La céramique d'Extrême-Orient », Paris, Nathan, 1984
Fahr-Becker, G. (sous la direction de) : « Les Arts de l'Asie orientale » (t. 1), Cologne, Könemann, 1998

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