Tittmoning 43 - NASSY (Paramaribo, Surinam, 1904 – Bruxelles, 1976)

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Tittmoning 43 - NASSY
Joseph NASSY - Tittmoning 43
Huile sur toile, 40 x 50 cm
Titrée, datée et signée dans le coin inférieur gauche :
TITTMONING 43 / NASSY

Sous un ciel sombre, une colonne de prisonniers marche dans la neige, à la suite d'un soldat allemand. L'artiste n'a représenté les traits de personne, à part un œil de l'homme coiffé d'un chapeau, au centre de l'avant-plan. Il paraît plus grand que les autres. Dans le même axe, à l'arrière-plan, on remarque la silouhette d'un imposant bâtiment qui domine une agglomération, Tittmoning, en 1943, comme indiqué dans le bas.

Ces hommes privés de liberté sont comme des silhouettes tachées de couleurs, des ombres, celles d'eux-mêmes, des anonymes. Leur gardien est lui aussi voûté, tandis qu'un épais nuage de fumée noirâtre traverse de part en part la partie supérieure de la composition.

Située en Haute-Bavière, sur la rive gauche de la Salzach, face à l'Autriche, Tittmoning conserve un château qui fut l'une des résidences des princes-évêques de Salzbourg mais aussi, pendant la deuxième guerre mondiale, un sous-camp d'internement pour officiers, puis pour certains civils étrangers. Suite à la Convention de Genève, les prisonniers y étaient protégés contre le travail forcé et la torture, tandis que les gardiens étaient des soldats relevant de blessures. Ce n'étaient pas des S.S. comme dans les camps d'extermination ou encore dans les camps de concentration comme celui de Dachau, situé lui aussi en Haute-Bavière, pas très loin de là. Néanmoins, les restrictions étaient nombreuses à Tittmoning.

C'est la masse de ce château qui domine la ville, à l'arrière-plan. Elle fait écho à la silhouette du prisonnier au chapeau, au centre de l'avant-plan. Ce sont, avec le nuage noirâtre, les points forts de la composition. Détachée de l'avant-plan, la silhouette du gardien équilibre l'ensemble à gauche, en répondant à la suite de la colonne de prisonniers qui se dilue dans la partie droite, pour déborder au-delà du cadre, dans le plan moyen, qui n'est qu'une étendue de neige sale. Josef Nassy nous a livré une œuvre grave par son sujet, et forte par son pouvoir évocateur.

Josef Nassy, de son vrai nom Joseph Johan Cosmo Nassy, est né à Paramaribo, au Surinam (ancienne Guyane néerlandaise). Son père est un homme d'affaires aisé, descendant de Juifs ayant fui l'Espagne sous l'Inquisition, en 1492, pour s'établir en Hollande. La famille émigra en Guyane au début du 17ème siècle. Certains se marièrent avec des noirs, d'autres pas. Joseph est métis et s'il ne pratique pas le judaïsme, il ne renie pas ses origines.

En 1919, il rejoint son père parti vivre à New York, et décroche son diplôme d'ingénieur en électricité à l'Institut Pratt, en 1926.

En 1929, la société Melotone l'envoie en Grande Bretagne, où il installe la sonorisation des appareils de projection pour le cinéma parlant. Son employeur ayant voulu qu'il ait un passeport américain, Nassy l'obtient, au nom de Josef Nassy, en prétendant être né à San Francisco en 1899. Comme les registres publics y avaient été détruits lors du tremblement de terre de 1906, il reçoit son passeport et part pour l'Europe.

En 1930, Meloton l'envoie à Paris, puis en Belgique où il continue de travailler jusqu'en 1934. Il décide alors de s'inscrire à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles pour apprendre la peinture. Il se marie à une Belge en 1939 et commence à gagner sa vie comme portraitiste.

Bien que les Allemands occupent la Belgique l'année suivante, Nassy et son épouse décident d'y rester. L'attaque japonaise de Pearl Harbour, en décembre 1941, entraîne les Etats-Unis dans la guerre et Josef Nassy est arrêté en avril 1942 en tant que citoyen d'un pays ennemi, l'Allemagne étant alliée du Japon.

Il passera 7 mois au camp de transit de Bourg-Léopold puis sera transféré au camp d'internement de Laufen puis au sous-camp de Tittmoning, tous deux en Haute-Bavière. Les colis de la Croix-Rouge complètent le pain et la soupe ditribués par les geôliers mais aussi, la Y.M.C.A. (Young Men's Christian Association) fournit à Nassy le matériel pour peindre et dessiner. Cela lui permet de tenir un journal visuel de plus de 200 tableaux et dessins. Si ces œuvres mettent l'accent sur la présence des fils de fer barbelé, des miradors, des murs et des barreaux, leur exécution permit aussi à Nassy de tenir le coup. "Le commandant du camp l'encouragea même à continuer à peindre et à donner des leçons de dessin aux autres détenus" (X : Josef Nassy).

Le camp sera libéré en mai 1945. "Nassy, tout comme la quasi-totalité des détenus de Laufen et Tittmoning, survécut à la guerre. Un an après sa libération, il fut rapatrié en Belgique. Il parvint à faire sortir toutes ses œuvres d'Allemagne et, au cours des années qui suivirent, il participa à des nombreuses expositions d'art consacrées à la Shoah. Il exprima souvent le souhait que ses œuvres soient conservées toutes ensemble. En 1984, Severin Wunderman, homme d'affaires et collectionneur, a acquis l'ensemble de la collection Nassy, dont il a fait don en 1992 au Musée Mémorial de l'Holocauste à Washington" (id.).

          Thierry Oger
         (photo : Jacques Leurquin)

 

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Aperçu documentaire :
-X : Josef Nassy dans Encyclopédie multimédia de la Shoah sur le site internet de l'United States Holocaust Memorial Museum (www.ushmm.org) via une traduction du Mémorial de la Shoah, Paris, France

La partie biographique de cette notice se réfère essentiellement à cet article.

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