Outils personnels

Aller au contenu. | Aller à la navigation

Navigation

Navigation
Menu de navigation

Une nouvelle muséographie

Vous êtes ici : Accueil / Loisirs / Culture / Musées / Les Bateliers / Musée des Arts décoratifs / Histoire / Une nouvelle muséographie
Actions sur le document

Explication du dispositif scéno-muséographique du Musée des Arts décoratifs de Namur

Choisir les bonnes références :

Prendre pour référence des musées parisiens comme le Musée de Nissim de Camondo ou le Musée Jacquemard-André apparaissaît comme une erreur :

En effet, il s’agit dans ces cas de l’œuvre de richissimes hommes d’affaires qui ont réunit au long de leur vie et au fil de leurs voyages, des collections de hautes valeurs, témoins pour l’un de l’art français du 18e siècle et pour l’autre des arts de la Renaissance au 18e siècle. Ces collections recèlent des chefs d’œuvres mondialement reconnus, de la main des plus grandes manufactures ou artistes. A la fin du 19e siècle pour Camondo et au début du 20e pour Jacquemart-André, ils ont fait construire afin d’abriter leurs collections et de vivre au cœur de celles-ci, une luxueuse résidence imitant l’art du 18e siècle. Faute d’héritier ou d’héritier masculin, ils ont tous deux légué à l’état leurs biens pour en faire un musée avec condition de ne rien modifier, allant même jusqu’à décrire la manière dont ils voulaient voir leurs collections exposées après leur décès. A noter que ces musées luxueux échappent aujourd’hui aux mesures éducatives voire conservatoires imposées à d’autres musées (la salle-à-manger du Musée Jacquemart-André est devenue un salon de thé, les salons servent à des soirées de gala et les tournages y sont fréquents) et ils jouissent d’un mécénat international allant jusqu’à près de 40 banques ou entreprises européennes, américaines ou asiatiques.

Le cas du Musée des Arts décoratifs de Namur est foncièrement différent de ces deux exemples : il s’agit ici de la création d’un musée public dans un immeuble à réhabiliter acheté pour ce faire. L’hôtel de Groesbeeck fut acquis par la Ville en 1935 vide de ses œuvres (sauf quelques consoles, chaises ou casseroles) et même d’une grande partie de ses décors. La Ville chargea la Société archéologique (SAN) – société d’historiens, d’archivistes et d’archéologues – de créer et gérer le musée en y regroupant des collections provenant de plusieurs associations propriétaires de collections (SAN, Amis de l’hôtel de Groesbeeck, Amis du Musée des Beaux-Arts ou Association Sambre et Meuse) et d’institutions publiques (Ville, Province, Etat belge). Il ne s’agit donc pas d’un musée issu d’une collection existante ou rendant hommage à un collectionneur philanthrope mais d’un musée en perpétuelle construction dont l’objet est de témoigner de la vie quotidienne aux 18e et 19e siècles.

Quel musée pour ce siècle et pourquoi ?

Selon l’ICOM (Conseil International des Musées), un musée se définit comme suit : « Un musée est une institution permanente, à but non lucratif et au service de la société, qui se consacre à la recherche, la collecte, la conservation, l’interprétation et l’exposition du patrimoine matériel et immatériel. Ouvert au public, accessible et inclusif, il encourage la diversité et la durabilité. Les musées opèrent et communiquent de manière éthique et professionnelle, avec la participation de diverses communautés. Ils offrent à leurs publics des expériences variées d’éducation, de divertissement, de réflexion et de partage de connaissances. »

Cette nouvelle définition prend en compte l’évolution du musée dans la société et le rôle qu’il doit désormais occuper : servir la société dans toute sa diversité, partager les connaissances, soutenir l’éducation et divertir les visiteurs. L’importance du rôle primordial du musée dans sa communication s’est d’ailleurs concrétisée par la création au sein de l’ICOM de l’ICOFOM (Comité international pour la muséologie), tout dédié à la recherche de pistes nouvelles visant la démocratie culturelle et l’inclusion : « Aborder le sujet des inégalités et de l’exclusion de façon proactive est devenu partie intégrante de la mission des musées consistant à servir la société » (ICOM). Ce nouveau rôle, davantage tourné vers les publics, est conforté dans le décret de reconnaissance des musées de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et "Namur Confluent Culture", le livre blanc de la culture à Namur.

Ainsi, le Gouvernement de la FWB a décidé d’allouer un budget supplémentaire pour permettre d’instaurer la gratuité scolaire pour les musées reconnus. Cette mesure de gratuité intensifie davantage la venue de groupes scolaires et s’inscrit en toute complémentarité et cohérence avec le PECA (parcours d’éducation culturelle et artistique) dans lequel le Musée des Arts décoratifs est déjà actif.

Subséquemment, « Les musées doivent sortir du patrimoine subi et se tourner davantage vers le public et leurs missions éducatives. Outre la créativité muséologique et la scénographie, les conservateurs doivent ouvrir leurs portes à des programmations culturelles multiples, à des ateliers créatifs, des événements, des expositions thématiques, des soirées gratuites sur fond de spectacle vivant… L’enjeu est clair pour les années à venir : rendre les œuvres et le patrimoine accessibles et attractifs en s’ouvrant à tous les publics » (Namur Confluent Culture - NCC, première édition)

Une muséo-scénographie adaptée :

Depuis quelques années, la notion de « collection permanente » a été remplacée, notamment dans les textes de la FWB, par celle d’ « exposition de référence ». Loin d’être cosmétique, cette évolution s’inscrit entièrement dans la vision d’ouverture des musées. Ainsi, par « de référence », on entend « la meilleure sélection », mettant fin à la volonté de vouloir montrer l’ensemble des pièces d’une collection, ce qui n’a d’intérêt dans la plupart des cas, que pour un public de collectionneurs, d’amateurs au dépend des autres publics. De même, la disparition du terme « permanent » indique qu’un musée doit évoluer, se parfaire et répondre aux attentes exprimées par les publics visés en plus de susciter l’intérêt et la curiosité qui les fera revenir plusieurs fois.

La muséographie (= Le scénario)

Dans la recherche d’ouverture aux publics visés (scolaires, défavorisés), à des publics plus larges et autonomes, la muséographie s’entend de nos jours comme un dispositif communicationnel ; elle va proposer aux visiteurs une lecture du musée et donc une compréhension de celui-ci. La visite du musée se déroule comme une histoire dans laquelle le visiteur va d’un chapitre à un autre. Cela implique une classification des œuvres en séquences, ce qui constitue la première écriture de l’exposition de référence. Cette écriture est également la première médiation culturelle. Muséographie et médiation font aujourd’hui cause commune et se construisent ensemble. L’objectif est que les visiteurs sortent du musée sans frustration mais enrichis et valorisés.

Dans le cas du musée, son objet communément admis par tous, est « la vie quotidienne (dans une demeure prestigieuse) au 18e et 19e siècle ». Ainsi, la sélection des œuvres de référence s'est faite en fonction de ce que chacune porte comme message pour illustrer la vie quotidienne dans toute la réalité historique de ses facettes y compris son contexte social, artistique, philosophique, historique, etc... Dans un deuxième temps, on a cherché – au sein d’un thème principal (une séquence) – à établir entre les œuvres des rapports de ressemblance, différence, opposition, répétition, actualisation, etc. qui préside à leur placement dans le musée les unes par rapport aux autres. Ce dialogue entre œuvres constitue la grammaire du message, de l’histoire à percevoir par les visiteurs.

La richesse de la méthode permet également l’écriture de scénarios de découverte à plusieurs niveaux et pour différents publics. Une œuvre tel un portrait officiel par exemple, illustre un propos historique (qui est représenté), stylistique (à quel courant artistique l’œuvre correspond-elle), politique (quelle est la fonction du personnage représenté), technique (est-ce un portrait en pied, en buste, de profil...), etc. Ceci enrichit le propos et multiplie les axes de visites dans le musée et les connexions entre les niveaux de lecture.

La scénographie (= la mise en scène du scénario)

Avoir un langage clair est aussi affaire de style. L’approche du musée dans l’espace et avec ses sens par les visiteurs favorise et/ou renforce la proposition muséographique. Au musée, le cadre spécifique du bâtiment est un atout. Il est conservé et renforcé. L’évocation d’une demeure prestigieuse du 18e siècle qui constitue le cadre, participe également à raconter le quotidien de ce genre de maison. L’approche des œuvres et les messages sont basés sur l’évocation ou la restitution d’un contexte pour rendre les objets et le discours faciles à appréhender. On développe donc une scénographie où les espaces d’exposition et les œuvres mises en scène forment une image, un moment de vie en exploitant l’ambiance d’époque. Scénographie et approche muséographique forment en terme plus simple l’IMMERSION.

Contrairement aux institutions muséales architecturalement nouvelles, l’objet décoratif ancien n'est pas exposé seul, mis en scène dans une vitrine avec une luminosité théâtrale qui lui confère une forme de sacralisation (voir le Musée des Arts décoratifs de Cologne ou le stand au Salon Antica par exemple). Toutefois, l’exposer tel quel dans un cadre contextualisé comme celui du musée l’affaiblit. Il nécessite donc une mise en scène avec d’autres œuvres, voire des objets-supports scénographiques, pour prendre toute la mesure de ce qu’il représente. Il contribue ainsi à l’évocation. L’exposition n’est alors plus une simple présentation mais un spectacle.

Ce dernier point est d’actualité dans le développement des scéno/muséographie à l’aulne des nouvelles représentations (omniprésence de l’image, vision instagramable) et rejoint la notion de divertissement apportée à la récente définition du musée : le musée est aussi une attraction ! Chaque virgule de vie quotidienne proposée insuffle la vie à l’objet inerte, le rapproche du public et de ses connaissances et est une sorte de « tableau dans le tableau » (NB : les sources des scènes évoquées puisent d’ailleurs leur inspiration dans des représentations d’époque). Au détour des salles, le public participe ainsi aux déplacements invisibles des habitants supposés de l’édifice (avoir envie de s’assoir à table, de goûter un met, etc.…). L’immersion est totale et le visiteur ne se sent pas contraint malgré les dispositifs de sécurité.

« L’exposition est l’indissociable union du fond et de la forme » (Lettre de l’ICOM, 2014).

Mise en pratique :

Pour rappel, la demande de reconnaissance du musée par la Fédération Wallonie-Bruxelles avant 2013 s’était soldée par un refus dû à la confusion de la gestion et de la présentation du musée.

Dans le cadre de la formation du Pôle et de la préparation de la demande de mise en conformité, une vaste consultation écrite (constat et pistes à suivre)  a été initiée par le musée avec les propriétaires d’œuvres extérieurs (Société archéologique de Namur et Amis de l’Hôtel de Groesbeeck, tous deux conventionnés avec la Ville), en interne au service de la Culture de la Ville et avec des publics-cibles. Elle a conclu à définir l’objet du musée comme l’illustration de la vie quotidienne au 18e siècle et à la commande par la Ville d’une étude scénographique à l’agence « Place publique ». Les conclusions et lignes de force de cette étude ont été validés par les partenaires dans le cadre de la demande commune de mise en conformité en 2018. Aucune remarque de la FWB n’est survenue à ce propos pour l’obtention de la mise en conformité.

La mise en pratique graduelle et expérimentale de cette ligne muséo-scénographique s’est donc opérée dès après sur le terrain en prévision de la demande de reconnaissance. Une attention toute particulière a été portée aux remarques du public et d’autres partenaires durant la période 2018-2022 au sujet de la scénographie. En 2023, après une visite sur place de représentants du Conseil des Musées et de la FWB, la reconnaissance a été obtenue sans objection à la ligne muséo-scénographique définie par le musée au sein du service de la Culture de la Ville.

top