Parfois, les paysages d’hiver ne sont pas recouverts d’un tapis de neige d’un blanc nacré. Parfois, il peut s’agir d’une rue où celle-ci a fondu et laisse derrière elle de la boue ainsi que des flaques, mais également la promesse d’un printemps qui pointe le bout de son nez, comme dans le tableau de Dieudonné Rase (Namur, 20e siècle), intitulé « Dernière neige », peint en 1958.
La première chose qui nous vient en voyant la scène est un sentiment d’habituel, de commun. Un homme en veste longue marche dans la rue boueuse, qui se remet des dernières neiges comme l’indique la flaque sur son côté ainsi que les timides taches blanches qui la longent. Sur la gauche, une zone herbeuse de laquelle sortent trois arbres dont les feuilles commencent doucement à repousser. En arrière-plan ainsi que sur la droite se trouvent des bâtiments, maisons ou granges.
La touche joue avec l’abstrait, utilisant des coups de pinceaux forts et visibles, mais sans empâtement prononcé, ce qui donne à la boue comme au ciel une texture qui n’est pas unie, composée de différents éléments qui ne se mélangent pas dans les couleurs mais dans la forme. Les éléments dans la distance sont proches de l’abstrait, bien que l’on sache les discerner. Utilisant peu de détails, Rase dépeint les différentes parties de la composition en masses de couleurs auxquelles il donne une forme par des contours sombres pour bien les démarquer, même si ces derniers ne sont pas présents partout, ce qui peut parfois donner un air de gommé à certaines textures. Bien que la scène représente une réalité urbaine un peu fade, le ton clair du tableau indique un air léger, ainsi qu’un retour au printemps induit par le rose présent un peu partout dans le tableau. La couleur redonne de la légèreté dans un paysage, qui s’il était recouvert de tons gris, serait extrêmement maussade. En effet, il est d’un réalisme accentué par une composition peu fantaisiste, desservi par une perspective un peu faible.
Rase n’était pas un peintre professionnel, ni un élève de l’Académie des Beaux-Arts, mais bien un peintre amateur, actif dans la seconde moitié du 20e siècle, entre 1940 et 1960. Sa vie personnelle est peu connue, mais on sait qu’il a participé plusieurs expositions dans la région : une première fois à l'exposition annuelle du Cercle « Sambre-et-Meuse » à Tamines en 1957, mais également à la « Quinzaine des Artistes Namurois » à la Galerie « La Meuse » à Namur en 1958, ainsi qu’à l’édition de l’année suivante, en 1959.





