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Heads Will Turn - JOHNNY WHITE

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Heads will turn - Les têtes vont tourner

Heads Will Turn
Métal et plastique

Inaugurée le 17 juillet 2007, la Maison des Citoyens accueille le public au rez-de-chaussée de l'Hôtel de Ville pour des demandes dites  « de première ligne » (changements d'adresse, pièces d'identité, attestations, etc.). Depuis janvier 2015, des livres et des revues de seconde main, en bon état, y proposent de la lecture variée dans la zone d'attente, ce qui donne une nouvelle vie à des ouvrages qui auraient pu aller au pilon, voire à la poubelle. Namur se montre ainsi soucieuse du recyclage. Cela étant, ce dernier revêt bien d'autres formes, jusque dans l'art comme avec ce banc, placé lui aussi à la Maison des Citoyens, à l'autre bout de l'aire d'attente. Il vous y attend depuis son acquisition par la Ville, en novembre 2014.

Vous reconnaitrez peut-être une paire de vieux extincteurs, un chauffe-eau vintage, des éléments d'extracteurs de fumée ou simplement le piétement métallique d'une banquette. Le chauffe-eau est devenu le visage d'un homme, avec une poignée de porte en guise de nez, entre une paire d'yeux de verre. A l'autre bout du banc, à droite, la tête de sa femme est assemblée à partir de deux pièces semi sphériques venant d'un appareil de laboratoire, avec pour œil un rond de plastique vert translucide sur chaque moitié du visage. On pourrait penser à un insecte, voire un alien, tandis que les deux vieux extincteurs sont devenus ses jambes.

Il reste une place entre Madame et Monsieur. Allez-y, asseyez-vous sur le rond, au milieu. Par un mécanisme de l'invention de l'auteur, Johnny White, les deux têtes vont se tourner vers vous, d'où le titre de l'œuvre. « Lorsque je m'assieds sur ce banc, j'ai l'impression d'être entre deux amoureux. Si je m'assieds trop près de la femme, l'homme est jaloux. Si je m'approche de l'homme, c'est la femme qui me regarde de travers. S'asseoir sur un banc permet au couple de renouer. C'est simple ! » dit-il, tout en nous laissant libres d'avoir notre propre interprétation.

Art cinétique

Ingénieur de métier, Johnny White est né à Londres et habite aujourd'hui Worksworth, dans le Derbyshire. Il a opéré dans la fabrication de réfrigérateurs avant de se lancer, dans les années 1980, dans la réalisation de « machines cinétiques » car il se revendique de l'art cinétique. Sans entrer dans les détails, cette appellation, adoptée dans les années 1950, recouvre un courant multiforme dont la « Roue de bicyclette » de Marcel Duchamp, en 1913, est la première œuvre connue (sans jeu de mots facile, c'est aussi un exemple de recyclage). Parmi d'autres, il y eut ensuite les mobiles d'Alexander Calder dans les années 1920 ou encore, dans les années 1960, les œuvres dans lesquelles Victor Vasarely recourait à des « phénomènes optiques contrôlables basés sur des réactions physiologiques telles que nul spectateur ne puisse échapper à leur action » (Habasque, p. 346). Plus près de nous, les réalisations du Louviérois Pol Bury (1922-2005) par exemple ses fontaines, sont aussi rattachées à l'art cinétique.

« Avec le Cinétisme, pour la première fois dans l'histoire, le temps -et son auxiliaire le mouvement (puisque c'est par le mouvement que l'homme fait le plus directement l'expérience du changement et de la durée)- devient d'abord une composante de l'œuvre d'art et, au stade actuel, son ressort essentiel » (Habasque, p.345).

L'art cinétique de White se nourrit d'objets délaissés, abandonnés, qu'il recycle et assemble, aidé par la technique - la mécanique et l'électronique, notamment - pour nous raconter des tranches de vie qui ne manquent jamais d'humour, de poésie, voire de philosophie. Cela d'autant plus que ses œuvres sont interactives. On DOIT les toucher, et l'on se retrouve partie de l'œuvre, acteur de l'histoire racontée. Les enfants adorent, et ils ne sont pas les seuls. Pris au premier degré, c'est déjà drôle mais après coup, on se prend à méditer sur la relativité de choses qui nous paraissent parfois si importantes .

De novembre 2013 à janvier 2014, White a régalé un nombreux public avec l'exposition « Machinations » qui s'est tenue à la galerie du Beffroi (Namur) où il présentait une douzaine de sculptures, animalières pour la plupart. Il y était associé à Amanda Wray, son épouse, qui travaille l'argile, la pierre et les mosaïques colorées. Le couple réalise des œuvres en commun, mais chacun produit et expose aussi individuellement. « Heads will turn » figurait dans l'exposition en compagnie notamment de « Pigs might fly » (« Les cochons pourraient voler » équivalent britannique de « Quand les poules auront des dents » coréalisée avec Amanda.) où un cochon est transformé en chérubin tandis que les préjugés à son propos (sale, arrogant, concupiscent) sont présents, mais avec ironie car « le cochon est un animal largement sous-estimé quant à sa beauté » dit White.

La version exposée de « Heads will turn » ayant déjà été vendue, la Ville de Namur a décidé d'en commander une autre pour la placer à l'accueil des visiteurs du futur ensemble muséal des Bateliers. En attendant son inauguration, la Maison des Citoyens s'est avérée être un endroit bien approprié. Asseyez-vous !

 Thierry Oger


Aperçu documentaire

HABASQUE, Guy : Cinétisme dans Petit Larousse de la Peinture, Paris, Larousse, 1979, pp. 345 – 348
www.white-wray.co.uk (site internet de Johnny White et Amanda Wray)

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